ELEMENTS POUR UNE HISTOIRE DE CONTREMORET
Avant tout exposé, nous
tenons à remercier Monsieur Philippe GOLDMAN , archiviste du Département du
Cher et ancien Maire adjoint de Bourges, qui a bien voulu consacrer quelques
heures de son temps à faire des recherches au sujet de cette propriété délaissée
pendant de nombreuses années et cela surtout depuis 1933, date du décès de
Marie Charlotte Gabrielle Mélanie VINCENT DE PANETTE marquise de BELABRE par
son mariage et 1989, date à laquelle nous l'avons acquise.
Aucune documentation
historique répertoriée et construite n'avait été faite avant son travail,
sauf les quelques lignes que lui consacrait BUHOT de KERSERS dans son ouvrage
de 1891.
Nous tirons
donc les quatre pages suivantes de l'ensemble du recueil beaucoup plus complet
et référencé que Monsieur GOLDMAN a fait entre 1998 et 1999.
1 - AUX ORIGNES : LA FAMILLE DE CONTREMORET
Les premiers membres de la famille de Contremoret repérés dans les documents d'archives paraissent être Roger en 1216 et en 1228, Aloyse en 1218, Guillaume en 1221 et en 1237. La suite des recherches se poursuivant prouve que la Famille de Contremoret a perduré en Berry jusqu'aux XVIle / XVIIIe siècles. Un document de taille vers 1380 ( photo N°l ) note cependant l'importance de la seigneurie: Fois et Hommages au duc Jean de Berry pour les fiefs tenus de la Grande Tour de Bourges. On note en position V: "Le seigneur de Contremoret à cause de son dit lieu de Contremoret"
2 - LE XVe SIECLE : UNE HISTOIRE DIFFICILE A RECONSTITUER
Le Titre de propriété
n'est pas facile à trouver mais on retrouve le nom de Contremoret dans bon
nombre de documents de l'époque . Les plus importants à citer et qui permettent
enfin une description des lieux sont :
- le 24 Avril 1456
un acte cite le Sieur Jean Chappuis qui rend d'ailleurs fois et hommages pour
Contremoret le 20 Juin 1462. le fief est ainsi décrit:«hôtel, grange , manoir,
colombier et appartenances. »
- vers 1470, la
seigneurie passe par mariage d'une certaine Jeanne Chappuis aux Coutures,
famille très signalée dans le nord du Bourbonnais en cette fin du XVe siècle.
Ce qui est sûr
c' est que :
-le
19 mars 1529, Gabriel de Couture vend la seigneurie de Contremoret à Philippe
de Sauzay, seigneur de Millandre , Prévôt de Bourges; Regrettons au passage
la disparition des minutes notariales de cette transaction qui aurait donné
une description des lieux.
3 -UNE LONGUE PRESENCE : LES SAUZAY, 1529 à 1648
Les SAUZAY sont une famille
très connue dans le Bourges de l'époque et sont en pleine ascension sociale
depuis que le grand père du dit Philippe précédemment cité , Guillaume de
Sauzay, fut administrateur de l'Hôtel-dieu de Bourges. Commis au gouvernement
de la ville en 1474, ce dernier se rangea au côté du Roi lors de la sédition
de Bourges, ce qui lui valut d'être nommé échevin par Louis XI, fonction qu'il
exercera à de nombreuses reprises et jusqu'en 1497.
Le 17 Avri11648,
un descendant, Etienne de Sauzay vend la seigneurie à Antoine BIGOT. Mais
cette vente est une affaire de famille qui n' est point besoin de relater
ici, mais par contre la description est intéressante car elle est la première
la plus complète en la matière et en résumant la description, on voit que
:
Le château est composé
de plusieurs corps de logis renfermés de murailles à créneaux, elles mêmes
entourées de fossés en partie en eau. On entre par un grand portail à pont
levis dans cette enceinte comprenant cour et bâtiments. Le principal d'entre
eux est un grand corps de logis en forme de pavillon carré fort et haut levé,
couvert d'ardoise. A l'intérieur de celui-ci, la description renvoit à deux
structures verticales juxtaposées. . . . . Sur le derrière de la cour se trouve
un autre corps de logis couvert d'ardoises composé d'une cave voûtée, surmontée
de deux chambres basses à cheminée. . .. .
De plus, le long inventaire des terres et métairies qui en dépendent permet de faire comprendre que Contremoret correspond à la description d'une seigneurie rurale des XVIe et XVIIe siècle s'étendant bien au delà des fosses du château.
4- LE XVllle SIECLE : DES BIGOT AUX BARBANCON
A Antoine Bigot succéda son fils Jacques, qui fut comme son père Prévôt de la maréchaussée de Berry en 1651, puis trésorier de France à Bourges en 1657. La fille de ce dernier Catherine est veuve de Jules César Jaupitre, seigneur de Dornon, Baron de Contremoret. A cette mort l'aveu et dénombrement en 1696, donne une description sommaire, mais qui n'apporte que deux éléments architecturaux nouveaux qui peuvent être attribués aux Bigot :
- L'entrée avec arcade et le pont de pierre
- La référence à la chapelle dont la localisation n'est pas indiquée; on peut toutefois formuler l'hypothèse que l'ancien oratoire situé dans un coin d'une chambre basse du château en 1648 a cédé la place à la construction séparée et signalée dans la description détaillée plus loin de 1829.
Catherine Bigot est veuve sans enfants et vend Contremoret en 1700 à Henri Brissonnet de Lissay. Sa veuve, Marie Etiennette Doullé sans enfants fit don de la propriété à sa filleule Jeanne Seurat de Lissay entre 1736 et 1739 qui est Femme de Louis de Barbacon, chevalier et seigneur de Marmagne .
C'est, en conclusion de la succession d'une descendante Anne Jeanne de Barbacon, après des poursuites contre les tuteurs des héritiers, que par adjudication au Tribunal Civil de Bourges, le 28 Août 1829, Barthélémy Gabriel Vincent de Panette , ingénieur et vérificateur du Cadastre Napoléonien, entre en possession de Contremoret ( photo N° 2 )
On peut dire alors qu'une grande histoire commence de restauration et reconstruction
5 - DESCRIPTION DU CHATEAU EN 1829
D'abord « de larges fossés et murs d'appui, un portail et un pont de pierre de La Celle » il y a disparition du pont levis. A l'intérieur, la cour avec son puits s'étend "en face du château formant pavillon qui est couvert en ardoise"
Devant résumer, on ne rentrera pas dans le détail de la distribution qui paraît plus complexe qu'au XVIIe siècle; On notera :
- dans le corridor est un escalier de bois servant à monter au premier et au second ainsi qu' au grenier régnant sur la cuisine
- le bel escalier en pierre allant du bas en haut du logis
- la vaste cuisine au bout et formant le triangle et sur la droite de la cuisine est une Chapelle couverte en ardoise ainsi que la cuisine. Vis à vis la Chapelle est une terrasse carrelée en pierre de La Celle, une cave voûtée en dessous
Le catalogue des dépendances, vaste basse cour regroupant trois corps de bâtiments recoupe largement celui de 1648. Les terres et fermes qui en dépendent sont sensiblement les mêmes qu'en 1648.
6 - LE NOUVEAU CHATEAU
On ignore la date exacte d'élévation du nouveau château par Vincent De Panette (qui meurt en 1863), si ce n'est la date de 1840 sur une pierre de taille à l'angle Nord Est des douves et celle de 1861 en chiffre métallique sur le fronton du portail ;
On ignore le nom de l'architecte, les modalités de la construction, etc.. mais il y a une similitude époustouflante entre la forme de la taille des appuis et des linteaux de fenêtres ainsi que celle des corniches hautes des murs avec ceux que l'on peut voir sur les bâtiments des Arsenaux Militaires de Bourges. Il en résulte une façade principale Nord très ordonnancée.
En 1873, la petite Fille de l'ingénieur du cadastre napoléonien, et constructeur du château actuel, Gabriel Barthélemy Vincent De Panette , Marie Charlotte Gabrielle Mélanie Vincent de Panette, lors de son mariage avec un aristocrate de l'Indre Monsieur Jacques Gabriel Auguste Le Coigneux Marquis de BELABRE, apporte entre autre en dot:
« La Terre de Contremoret, d'une contenance de 200 Hectares , comprenant: 1) le Château etc...
Dans l'acte, et sans rentrer dans le détail ,on note que le rez-de-chaussée du nouveau château est ainsi décrit :
« deux salons, une salle à manger, la chambre de la marquise, un boudoir, un office et un garde-meubles derrière les salons. Le premier étage comportait un vestibule, quatre chambres, et apparemment un grand garde meubles. » Ce qui correspond à la distribution actuelle des pièces. Il est à noter que l'acte spécifie: « que seule la propriété de Contremoret sera réputée inaliénable. Preuve de l' attachement de la nouvelle Marquise à ce domaine restauré par son grand père » . La suite le prouvera.
La Marquise veuve rapidement après son mariage, posséda le Château pendant soixante ans et l'entretient très bien.
Pour preuve les six cartes postales de l'époque connues à ce jour et que nous possédons, dont l'une de 1914 reproduite ici et représentant la façade principale au Nord.
Elle meurt en son domicile parisien le 29 Décembre 1933 et à partir de là commencent des années noires pour Contremoret : 6 Ventes en 21 Ans (1938 1959):
10/09/1938 acquisition par Mr et Mme Lécluse (vente par les deux filles héritières de la marquise de Belabre Jacqueline et Gabrielle )
09/07/1941 acquisition par Mrs et Mmes Petitbon Guillet
28/09/1945 acquisition par Mr et Mme Friedrich
22/02/1954 acquisition par Mr et Mme Beguin
14/04/1958 acquisition par Mr Le More
25/04/1959 acquisition par SC Domaine Contremoret, gérante: Mme Bonnet
Le résultat est catastrophique, car lors de notre acquisition le 01/09/1989, cette belle demeure, très peu habitée pendant 30 ans et surtout les dernières années par les précédents propriétaires dus à une mésentente familiale, a fini de plonger dans un état de délabrement important.
Nous terminerons ce bref exposé historique des documents en notre possession aujourd'hui (Mars 2000) par :
- Un grand remerciement à Monsieur Jacques MANSIAT , Architecte à Bourges et décédé en retraite le 28 Mars 1999, qui nous a énormément guidé dans nos choix ; son aide et son expérience nous furent très précieuses.
- Un appel à toutes les personnes qui pourraient nous apporter des documents supplémentaires qui serviraient à continuer à étayer nos recherches historiques et architecturales
- Un appel aux pouvoirs publics ( DRAC, Département, Région, Fondation du Patrimoine) qui pourraient nous aider culturellement et financièrement à poursuivre le travail entrepris depuis dix ans avec une certaine passion et beaucoup de courage.
Famille THIMONIER, Propriétaire
Contremoret
Ce chateau a été démoli pendant la révolution française puis reconstruit





