ALAIN-FOURNIER ET LE GRAND MEAULNES

 

 

Le Grand Meaulnes est né de la plume d'Alain-Fournier et est paru en 1913. Ce roman fut engendré par l'amour qu'avait Alain-Fournier pour les lieux de son enfance à Epineuil-le-Fleuriel. Mais outre cette description d'un paysage cher à l'auteur, cet ouvrage est avant tout un poème.

Pour l'écrire, l'auteur a dû faire un perpétuel va-et-vient entre ses souvenirs d'enfance et ses rêves. C'est ce qui donne au roman cette légèreté insaisissable. Une fenêtre nous est ouverte sur un paysage, une histoire, mêlée au rêves de l'enfant qu'il était. C'est pourquoi on a l'impression de vivre cette histoire, entouré d'un brouillard dense et fluide. Ce brouillard happe la réalité, la confond avec les rêves et donne une perpétuelle impression de froid mêlée à un sentiment de flou.

Ce flou qui constitue le plus agréable de l'oeuvre d'Alain-Fournier. Ce flou qui est confortable car on sait que l'auteur n'écrit pas à l'aveuglette et qu'il peut se rattraper à ses souvenirs. Mais il apporte une autre dimension. Il donne l'impression que le père et la mère de François Seurel sont incernables, insaisissables.

Le lecteur a l'impression d'assister à un ballet d'ombres qui se croisent, se mêlent, faisant fi de la réalité, mais y revenant pour pour y prendre appui.

 

On assiste à une interminable attente, une attente de l'évènement extraordinaire. Une attente lancinante, pas désagréable. Toujours ce brouillard qui nous donne une impression d'engourdissement. Nous sommes entre le sommeil et le réveil, la où les rêves et la réalité s'entremêlent et se confondent.

On sort de cet état quand la femme de Meaulnes meurt. Là on se réveille. Et le réveil est brutal. On affronte alors la réalité, on affronte la mort. Le lecteur sent alors que le jeu est perdu d'avance, que les dés sont pipés. Mais l'auteur, loin de tomber dans la mièvrerie, finit par une pirouette qui rouvre sur les rêves d'Alain-Fournier.

Dans le roman, François parle d'une amitié, dont on ne parle pas, qu'il éprouve pour Yvonne de Galais. Puis, plus loin, il dit implicitement qu'il l'a aimée.

"Agrippé au corps inerte et pesant, je baisse la tête sur la tête de celle que j'emporte, je respire profondément et ses cheveux m'entrent dans la bouche - des cheveux morts qui ont un goût de terre. Ce goût de terre et mort, ce poids sur le coeur, c'est tout ce qui reste pour moi de la grande aventure et de vous, Yvonne de Galais, jeune femme, tant cherchée, tant aimée..."

Ce qui transparaît du roman c'est ça, la quête d'un idéal, d'un amour. Et toujours à travers ce flou, qui est la caractérsitique principale de bien de nos rêves.

Nous pouvons dire que la mort d'Yvonne etait un passage obligatoire puisque Meaulnes a réuni Frantz et Valentine et est, de ce fait, arrivé après le décès de sa femme. Meaulnes revient chez lui après une année d'abscence à réconcilier Frantz, le frère de sa femme, et Valentine, à cause d'une promesse faite dans sa jeunesse. Dès son retour, il apprend, par son ami François Seurel, la mort de sa femme et l'existence de sa fille.

 

On ressent tout d'abord la tristesse de Meaulnes, qui paraissait si fort aux yeux de François. Meaulnes se sent coupable de la mort de sa femme. En effet, il n'a pas pensé qu'Yvonne pourrait avoir besoin de lui. Sa promesse passe même avant son épouse. Mais la présence de sa fille le réconforte dans ce sens où il retrouve en elle une partie de sa femme. Il peut ainsi reporter sur son enfant l'amour qu'il portait à sa mère. Il est satisfait d'avoir tenu sa parole, mais, il est triste de la mort de sa femme.

 

Cette oeuvre unique est une réussite mais, malheureusement elle ne connut le succès qu'après la mort d'Alain-Fournier pendant la Première Guerre Mondiale. Enfin, ce roman est aussi captivant que nostalgique.