Une oeuvre au coeur de l'humanisme

 

" Sapience n’entre point en âme malivole, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme. "

Rabelais - Pantagruel, chapitre VIII.

L'humanisme est un idéal qui apparaît au XVIème Siècle reposant principalement sur le retour aux textes et la culture antique. D'ailleurs, ce nouveau mouvement intellectuel s'explique très bien par son origine latine: " humanitas " qui signifie " culture ".

Le mot " humanisme " implique aussi une élégance morale, une certaine politesse, une courtoisie, inséparables de toute culture accomplie. Pour résumer, c'est un idéal de sagesse humaine, un acte de foi en la nature humaine.

Les humanistes possèdent un appétit de savoir, de connaissances multiples et diverses. Généralement, les humanistes critiquent les méthodes d'éducation et de religion du Moyen Âge. Ils s'interrogent sur les dogmes et les pratiques de l'Eglise qui s'éloignent quelque peu des textes sacrés.

Dans toutes ses œuvres, d'apparence truculente et grivoise, Rabelais fait en quelque sorte la satire de la société au XVIème Siècle à travers un idéal parfois très utopique. Pour Rabelais, l'éducation doit être complète. Dans un extrait de Gargantua, il nous décrit une journée-type de ce géant. Gargantua suit une éducation à la fois savante, religieuse, morale, physique... Bien que Rabelais sache que ce genre d'éducation soit excessif et irréalisable.

Emploi du temps de Gargantua:

- 4H : réveil, frictions, lecture des textes saints, prières.

Séance aux cabinets, réflexion sur les textes.

- Toilette, habillage, récitation de leçons.

- 3h de lecture.

- Discussion, jeux sportifs.

- Repas, lecture de romans de chevalerie, leçon d'histoire naturelle. Ablutions, prières.

- Digestion, leçon d'arithmétique à partir des cartes, géométrie, astronomie, chant, musique.

Les débuts de Gargantua dans son apprentissage

Et tout ceci ne concerne que la matinée !

Dans d'autres extraits de ce même ouvrage, Rabelais critique non pas la religion elle-même (car il fut moine franciscain, bénédictin puis curé) mais la façon de la pratiquer. Ainsi dans le passage " Comment un moine de Seuillé sauva l'enclos de l'abbaye du saccage des ennemis " (très long titre caractéristique de Rabelais) nous avons relevé quelques termes ironiques à propos des moines : " pauvres diables ", " beau débiteur de prières ", " bel expéditeur de messes "...

Dernier exemple, toujours dans Gargantua, Rabelais invente l'Abbaye de Thélème, lieu très utopique où les moines, hommes et femmes, bien nés, bien éduqués, font tout ce qu'ils veulent et ne supportent pas la contrainte.

" Fais ce que voudras"

" Toute leur vie était ordonnée non selon des lois, des statuts ou des règles, mais selon leur bien vouloir et leur libre arbitre. Ils se levaient quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, et dormaient quand le désir leur en venait. Nul ne les réveillait, nul ne les contraignait à boire, à manger, ni à faire quoi que ce soit. Ainsi en avait décidé Gargantua. Pour toute règle, il n’y avait que cette close, Fais ce que voudras ; parce que les gens libres, bien nés et bien éduqués, vivant en bonne compagnie, ont par nature un instinct, un aiguillon qui le pousse toujours à la vertu et 1es éloigne du vice, qu'ils appelaient honneur. "

Ici Rabelais prend une revanche sur l'enfer monastique et d'autre part, il évoque l'idée d' une élite sociale.

Pour conclure, nous dirons que sous ses aspects égrillards voire grossiers, Rabelais fut quand même le parfait exemple des humanistes de la Renaissance.

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