" Je n’ai plus que les os..."

 

Je n'ai plus que les os, un squelette je semble,

Decharné, dénervé, démusclé, dépoulpé,

Que le trait de la mort sans pardon a frappé;

Je n’ose voir mes bras que de peur je ne tremble.

Apollon et son fils, deux grands maîtres ensemble,

Ne me sauraient guérir, leur métier m 'a trompé;

Adieu, plaisant soleil ! Mon œil est étoupé,

Mon Corps s’en va descendre où tout se désassemble.

Quel ami, me voyant en ce point dépouillé,

Ne remporte au logis un œil triste et mouillé,

Me consolant au lit et me baisant la face,

En essuyant par la mort endormis ?

Adieu, chers compagnons ! Adieu mes chers amis!

Je m’en vais le premier vous préparer la place.

Dans ses poèmes, Ronsard évoque souvent la mythologie, comme ici au vers 5 par exemple.

Mais ce poème est particulièrement émouvant par le réalisme avec lequel Ronsard met en scène sa propre mort. Une mort qu'il attend avec beaucoup de calme et de courage mais que pourtant il redoute " Je n'ose voir mes bras que de peur je ne tremble " ; manifestant une crainte qu'il veut pourtant nous cacher par un sentiment de pudeur pathétique.

Il versifie ses douleurs, ses souffrances avec un grande simplicité. Ce que je trouve fascinant.

Au vers 7, il fait des Adieux à la vie : "Adieu, plaisant soleil ! " puis à ses amis au vers 13 : " Adieu, chers compagnons ! Adieu mes chers amis ! "Ronsard semble comprendre la tristesse, l'impuissance que ses amis ne peuvent cacher: " Quel ami, me voyant en ce point dépouillé, ne remporte au logis un œil triste et mouillé."

Ronsard a en effet compris qu'il mourra bientôt des suites de sa dernière maladie et nous le fait ressentir au dernier vers comme si c'était son dernier souffle.

En lisant un texte, un poème, on se demande souvent si l'auteur est sincère, mais ici, il semble évident que le poète ne triche pas avec sa propre mort.

 

Ce poème bouleversant nous laisse à notre tour " un œil triste et mouillé".

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